C'est au XIIIème siècle que Paris devint la capitale incontestée du travail de l'ivoire. Cette matière qui pendant les XIème et XIIème siècle parvenait difficilement en Europe put de nouveau arriver à bon port grâce à l'emprunt de nouvelles voies d'arrivage du côté des ports de l'Atlantique et notamment des ports normands.
L'apport de matière première et la présence d'une clientèle royale, permirent aux artistes ivoiriers de laisser libre cours à leur virtuosité en sculptant toute sorte d'objets : statuettes en ronde bosse, diptyques, plaquettes, coffrets, valves de miroir, tabernacles.... La statuette de la Sainte-Chapelle est sans conteste le fleuron de cette production en matière de sculpture d'ivoire en ronde-bosse ; rivale de ses grandes soeurs de sculpture monumentale, elle en exprime les canons alors en vigueur : un léger hanchement, un corps souple et élancé, un fin visage triangulaire entouré de cheveux ondulés, des yeux étirés vers les tempes, une bouche petite à l'expression rieuse complètent le tableau d'une beauté idéale de la période gothique.

Provenant du trésor de la Sainte-Chapelle de Paris, elle fut vraisemblablement offerte par saint Louis. Elle reçut au XIVème siècle, du roi Charles V, un socle d'orfèvrerie ainsi qu'une parure d'émeraudes qui lui furent retirées à la Révolution.
Trésor de la Sainte-Chapelle de Paris ; citée dans le premier inventaire du trésor avant 1279-1285, puis dans ceux de 1336, 1341, 1368-1377, 1480, 1573-1575, 1740 ; envoyée au dépôt des Petits-Augustins à Paris en avril 1791 puis vendue ; collection Alexandre Lenoir (1761-1839), sa vente à Paris, le 11 décembre 1837, n° 193 ; collection Louis Fidèle Debruge-Duménil (1778-1838), sa vente à Paris en janvier-mars 1850, n° 146 ; collection Alexis Soltykoff (1806-1859), sa vente à Paris le 8 avril et jours ss.
Gaborit-Chopin, Danielle, « La Vierge à l'Enfant d'ivoire de la Sainte-Chapelle », Bulletin monumental, volume CXXX, 1972, p. 215-224, p. ; Gaborit-Chopin, Danielle, Ivoires du Moyen Age, Fribourg, Office du Livre, 1978, p. ; Gaborit-Chopin, Danielle ; Alcouffe, Daniel ; Bardoz, Marie-Cécile, Ivoires médiévaux : Ve-XVe siècle : catalogue, Paris, Réunion des musées nationaux, 2003, p. ; Williamson, Paul ; Davies, Glyn, Medieval Ivory Carvings. 1200-1550 Part I et II, I, Londres, V&A Publishing, 2014, p.
Guérin, Sarah, « Synergy across Media. Gothic sculptors in Wood and Ivory », dans Davies, Glyn ; Townsend, Eleanor (dir.), A reservoir of Ideas. Essays in honour of Paul Williamson, Londres, Paul Holberton Publishing, 2017, p. 124-136, p. 127, fig. Le Pogam, Pierre-Yves (dir.), Saint Louis, cat. exp. (Paris (France), Conciergerie, salle des gens d'armes, 2014), Paris, Éditions du patrimoine, 2014, p. 183, ill. Williamson, Paul, The Wyvern Collection. Medieval and Later Ivory Carvings and Small Sculpture, Londres, Thames & Hudson, 2019, p.
La statuette, citée dans un grand nombre d'inventaires et d'études depuis le XIXe siècle, illustre bien l'intérêt des historiens d'art pour les ivoires gothiques : Molinier, Emile, Catalogue des ivoires. Musée national du Louvre, Paris, May et Motteroz, 1896, p. ; Gaborit-Chopin, Danielle, « Documents et oeuvres d'art : remarques sur quelques ivoires gothiques français », Cahiers Archéologiques, 55, 2013-2014, p. 119-130, p. 121-122, fig.
| Élément | Description |
|---|---|
| Matériau | ivoire |
| Style | gothique, ronde-bosse |
| Origine | trésor de la Sainte-Chapelle, Paris |
| Soutiens historiques | saint Louis (probable donateur), Charles V (ajouts au XIVe siècle) |
| Parcours | inventaires médiévaux → dépôt des Petits-Augustins (1791) → collections privées → musée |
La statuette exprime les canons en vigueur à l'époque gothique et peut être rapprochée des productions monumentales par le vocabulaire formel et l'idéal de beauté qu'elle véhicule. La polychromie et les rehauts picturaux, souvent étudiés dans le corpus des ivoires médiévaux, ont été abordés par des spécialistes : Cascio, Agnès ; Levy, Juliette, « Les ivoires peints. La polychromie des statuettes d'ivoire », Coré, n° 5, 1998, p. 5-20.
Paul Williamson, Gothic Sculpture, 1140-1300, New Haven / Londres, Yale University Press, 1995, p. 150, fig. et d'autres références classent cette œuvre parmi les pièces majeures de l'ivoire gothique conservées aujourd'hui dans les musées européens et anglo-saxons, témoignant d'une production française raffinée aux XIIIe-XIVe siècles.
La Sainte-Chapelle et Saint Louis : Histoire d'un chef-d'œuvre de l'architecture gothique
La richesse documentaire relative à cette œuvre - inventaires, catalogues d'exposition, monographies et notices - permet de suivre son histoire depuis le trésor de la Sainte-Chapelle jusqu'aux collections publiques et privées, offrant un panorama de sa réception critique et muséographique au fil des siècles.