Histoire et patrimoine de la ville de Rezé (Nantes)

Rezé, une ville située sur la rive sud de la Loire entre Nantes et le pays de Retz, possède une riche histoire qui remonte à l'époque gallo-romaine. La ville actuelle de Rezé s'est développée sur l'emplacement d'une agglomération gallo-romaine appelée Ratiatum, fondée à la fin du Ier siècle avant notre ère.

Toponymie et origines anciennes

La commune de Rezé est attestée dès l'Antiquité, avec le nom grec Ratiation, dans un texte de Ptolémée datant du IIe siècle. Ce terme grec est la traduction du toponyme latin Ratiatum. Plus tard, au VIe siècle, le nom de Ratiatensis Vicus apparaît. Associé au mot latin pagus, le nom de Ratiatensis a donné naissance à l'époque médiévale au pagus Ratiatensis, à savoir le pays de Retz.

De nombreuses graphies se succèdent au cours des siècles comme Raciatus portus au IXe siècle, Radesium en 1201, Rezayum en 1287, Resay en 1431. La graphie Rezay a perduré du XVe au XVIIe siècle. À la fin du XVIIIe siècle, le nom de Rezé est définitivement adopté.

La terminaison -é représente vraisemblablement le suffixe gaulois -ate fréquent dans la toponymie. Le radical est sans doute le gaulois ratis signifiant « fougère ». Pour Xavier Delamarre, Rezé remonte donc à Ratiate « fougeraie » et est un équivalent gaulois des toponymes romans du type Fougerolles. Jean-Marie Cassagne et Mariola Korsak supposent que la forme primitive est *Ratiacum, équivalent du latin *Villa Ratii, basé sur l'anthroponyme gallo-romain Ratius.

Ratiatum : port antique et fouilles archéologiques

De nombreuses campagnes de fouilles effectuées sur le site de Saint-Lupien ont permis d'affirmer que l'agglomération gallo-romaine de Ratiatum était principalement centrée sur les activités portuaires et commerciales. En effet, ce site était situé en bordure du Seil, cours d'eau relié à la Loire. Le Seil formait une boire qui s'écoulait vers l'aval et rejoignait le bras principal de la Loire à la hauteur du village de Trentemoult.

L'ancien port fluvial gallo-romain de la cité pictonne de Ratiatum était situé sur la rive du Seil. Au sud de l'agglomération antique, des ateliers de potier et de verrier furent découverts dans les années 1990, ainsi que de nombreuses céramiques.

Plan reconstitué du port gallo-romain de Ratiatum et du bras du Seil

Période mérovingienne et haut Moyen Âge

À la fin du XXe siècle, des fouilles au site de Saint-Lupien ont permis de découvrir une basilique, datée de l'époque mérovingienne (Ve-VIe siècles). Construite à la même période que l'accroissement de la christianisation, on peut supposer que cela fait de Ratiatum un haut lieu de culte, dédié à saint Lupianus. Le site de Saint-Lupien accueille également une nécropole, qui contient plus de 150 sépultures.

Selon certains archéologues, cette fonction funéraire disparaît vers le milieu du XIIe siècle, période à laquelle est construit le prieuré de Saint-Lupien, rattaché à l'abbaye Sainte-Marie-Madeleine de Geneston. Qui donc est ce saint Lupien ? Les habitants du pays nomment Lucian, Lucien. Le clocher est édifié à la fin du XIXème siècle.

Rezé dans le Moyen Âge et les seigneuries

Vers la fin du XIe siècle, la vicomté de Rezé a été créée au profit d'un cadet de Hoël II, comte de Nantes. Rezé, Vertou, le Bignon, etc. ... depuis Portillon et une bonne partie de la rive de Loire jusqu'au Pellerin. La Vicomté de Rezay se composait des terres et seigneuries de La Chalonnière, Le Port-au-Bled, La Sansonnière, La Trocardière, Les Palletz, La Grand’Haie et Les Bretesches.

Plus tard, au XIIIème siècle les Templiers s'installent à Rezé. La commune fut longtemps marquée par de nombreuses seigneuries : les Fromentaux, les Bretesches, la Grand-Haye, les Palletz et la Jaguère. Les principales seigneuries (celles ayant leur chef-lieu ou possédant un territoire important sur la commune) sont particulièrement mises en avant dans l'histoire locale.

La commune de Rezé fut le théâtre des guerres franco-anglaises et franco-bretonnes jusqu'à la fin du XVe siècle. Jusqu'au Vème siècle la région subit diverses invasions et remaniements, puis jusqu'à la guerre de succession de Bretagne la situation politique resta mouvementée.

Châteaux, manoirs et folies

Le château de la Trocardière (XVème siècle). Château de Rezé, propriété de la famille De Monti de Rezé. Château de Rezé, style Louis XIII, construit en 1669, fut la demeure du premier comte de Rezé. Le château fut démoli en 1960. Le château est incendié durant la Révolution, puis restauré. Parc, pavillons plus une chapelle.

Trocardière (au XVème siècle) reconstruiront de simples manoirs. Les Trocardière, les Palletz et d'autres seigneuries contentent comme certains de leurs vassaux de gérer leur bien féodalement. Manoir de Praud (1845), œuvre de l'architecte Chenantais. Manoir de La Houssaye ou Houssais, aujourd'hui École publique. Manoir des Naudières. Manoir de la Gaudinière.

Au XVIIIe siècle, les riches bourgeois des grandes villes édifiaient dans la campagne leur château. Ces demeures, appelées « folies », sont parfois devenues l'habitation principale de chefs d'entreprise et de négociants engagés dans la vie rezéenne. Certaines de ces demeures ont disparu au fil de l'urbanisation de Rezé ; Ker Maria a laissé la place à la mairie ; une école a remplacé le château de la Houssais.

Façades colorées et ruelles du village de Trentemoult

Trentemoult et le patrimoine riverain

Le quartier de Trentemoult-Les Isles se compose de deux parties très différentes : l'ancien port de pêche et la zone industrielle et commerciale Atout sud. L'ancien port abrite maintenant un port de plaisance. L'actuel Trentemoult, avec ses ruelles, son habitat dense, ses maisons individuelles dotées de petits jardins, ses façades colorées, présente des attraits touristiques et résidentiels prisés.

Les marins et les pêcheurs de Trentemoult s'opposent en 1737 aux Monti, en dénonçant le monopole de ces derniers concernant la pêche sur la rive gauche de la Sèvre ainsi que sur le Seil. Au XIXe siècle, le village de pêcheurs de Trentemoult est en réalité une île, séparée de Rezé par le Seil et pourvue de trois bacs permettant d'accéder aux trois centres névralgiques voisins.

XVIe-XVIIIe siècles : familles, fortunes et conflits

Aux XVIe et XVIIe siècles, Rezé a connu une période de peuplement et d'enrichissement liée au développement du commerce nantais. C'est à cette époque qu'une noble famille d'origine florentine, les Monti, s'est installée à Rezé. Mercoeur tient, en 1588, garnison à Rezé et Pont-Rousseau.

Pendant la période du XVIIIe siècle, Julien Poydras, un jeune Rezéen, s'est expatrié en Amérique où il fait fortune en Louisiane. Des terres sont érigées en comté par Louis XIV. Les Monti, détenant d'importantes fortunes acquises lors des campagnes d'Italie et de Flandres, voient leurs terres s'organiser en vicomtés et comtés successifs.

La vicomté et le comté de Rezé, leurs déclarations et actes (déclarations du comté de Rezé en 1679 et 1749) montrent l'importance des fiefs et des clos de vigne qui s'étendaient surtout en Rezé et Vertou.

Révolution et XIXe siècle

Suite aux guerres de Vendée en 1793, la population de la commune diminue de près d'un millier d'habitants, mais remonte la décennie suivante. Pendant la Révolution française, Rezé a subi les troubles des guerres de Vendée. Le faubourg de Pont-Rousseau, aux portes de Nantes, a été rasé lors du siège de cette ville en juin 1793, et la commune a été déclarée en état d'insurrection.

En 1887, la Compagnie de navigation de la Basse-Loire ouvre la liaison fluviale Trentemoult-Chantenay assurée par une vedette à vapeur, le Roquio. La liaison est reprise en 1906 par la Compagnie de transports maritimes des messageries de l'Ouest, puis le service municipal des bateaux de Rezé prend le relais de 1931 à 1958. Une ligne Navibus du réseau TAN fonctionne 7 jours sur 7 depuis 2005 entre Trentemoult et la Gare maritime de Nantes.

XXe siècle : urbanisation, activités économiques et transports

Ancienne commune semi-rurale, très dépendante de l'évolution de Nantes, Rezé s'est fortement urbanisée en moins d'un siècle sous l'influence de celle-ci. Rezé fut longtemps un bourg semi-rural avant de connaître une expansion urbaine après la Seconde Guerre mondiale. Le développement s'est cristallisé autour des anciens hameaux, et c'est l'absence d'unité qui caractérise l'urbanisation de la ville des années 1950 aux années 1980.

À la fin du XIXe et au XXe siècle, une importante activité industrielle se déroule à Rezé. Deux usines s'implantent : la tannerie-corroierie Le Roy & Cie à la Rousselière (en Vertou) et la tannerie Suser à la Morinière. Ces deux industries témoignent d'une activité florissante entre 1830 environ et le milieu du XXe siècle. Au cours du XIXe siècle, une activité plutôt originale voit le jour : le commerce de baudets du Poitou s'effectue à Rezé.

Population et évolution démographique

La population augmente de façon progressive jusqu'au début du XXe siècle, date à laquelle la commune gagne près de 2 000 personnes à chaque décennie, et ce jusque dans les années 1950. Ainsi, la commune de Rezé affiche le taux de croissance le plus élevé du pays de Retz en moins de trente ans, en ce qui concerne sa démographie, voyant sa population doubler entre 1946 et 1975.

Cependant, on observe une baisse significative de la population entre 1975 et 1990. La population augmente de nouveau à partir de 1990 et a récemment dépassé les 40 000 habitants, faisant de Rezé la commune la plus peuplée du Pays de Retz.

Organisation urbaine et quartiers

Rezé est l’unique commune du pays de Retz qui ne possède pas de réel centre-ville, mais qui est constituée de sept grands quartiers, ayant tous une identité propre et une histoire singulière : Pont-Rousseau, Château de Rezé, La Houssais, La Blordière, Ragon, Rezé-Hôtel-de-Ville et Trentemoult. Deux d’entre eux sont particulièrement importants pour l'histoire de la commune de Rezé, si bien qu'ils possèdent leur propre gentilé : les Roussipontain(e)s de Pont-Rousseau et les Trentemousin(e)s de Trentemoult.

Centre administratif, le quartier Rezé-Hôtel-de-ville correspond au site historique de Ratiatum. Outre la mairie, on y trouve la Maison radieuse de Le Corbusier, l'église Saint-Pierre, Le Chronographe, la chapelle Saint-Lupien et les sites archéologiques. Le quartier Trentemoult-Les Isles conserve l'ancien port et ses ruelles pittoresques, tandis que Pont-Rousseau est le quartier le plus densément peuplé et le plus anciennement urbanisé.

Patrimoine religieux et chapelles

On trouve à Rezé des édifices religieux anciens et restaurés : l'église Saint-Pierre (1867), œuvre de l'architecte Chenantais, remplace un ancien sanctuaire du XVe siècle. La chapelle Saint-Lupien, les chapelles édifiées après les invasions normandes et plusieurs édifices médiévaux témoignent d'une continuité du culte sur le site. La chapelle du manoir de Praud et la croix de la chapelle de la Blanche (1642) font partie des éléments patrimoniaux cités dans les archives.

Sites archéologiques et musées

Les sites archéologiques de Saint-Lupien et les vestiges de l'ancienne ville gallo-romaine appelée Ratiatum sont des éléments majeurs du patrimoine local. Le Chronographe, centre d'interprétation et musée, valorise ces découvertes et l'histoire locale.

Ratiatum - Ville romaine

Environnement, risques et aménagements

La position de la ville, à la confluence de la Loire et de la Sèvre Nantaise, en fait dès l'Antiquité un site militaire et économique privilégié. Les vallées de la Loire et de la Sèvre présentent sur leurs rives des zones inondables d'un niveau moyen de quatre mètres. Les anciennes îles (Trentemoult, Norkiouse, Haute Île) sont déclarées zones inondables.

Le Seil fut comblé par l'urbanisation de la ville, et la commune s'étend entre la rive sud de la Loire et la rive ouest de la Sèvre Nantaise, sur le rebord du plateau de faible altitude. Les terrains plats situés le long de la Loire ont été formés par remblaiement alluvial autour d'anciennes îles.

Associations, mémoire et valorisation

Rezé Histoire est une association forte aujourd'hui de plus de 170 adhérents, ouverte à plusieurs partenariats ; initialement appelée association des Amis de Rezé, elle existe depuis 1982. Pour nous, l'histoire concerne aussi bien les puissants que les modestes et leurs luttes. Parallèlement nous mettons en place avec des partenaires rézéens un cycle de conférences qui peuvent concerner des sujets qui dépassent le cadre de Rezé.

Ce dimanche, dans le parc de la Maison radieuse du Corbusier, les Amis de Rezé exposent 22 photos de belles demeures. Disparues ou encore occupées, elles témoignent de l'histoire de Rezé.

Quelques repères historiques synthétiques

  • Fondation de Ratiatum : fin du Ier siècle av. J.-C.
  • Présence gallo-romaine centrée sur le port du Seil et activités artisanales.
  • Période mérovingienne : basilique et nécropole à Saint-Lupien (Ve‑VIe s.).
  • Création de la vicomté de Rezé : fin du XIe siècle, au profit d'un cadet de Hoël II.
  • Templiers au XIIIe siècle ; guerres franco‑anglaises et franco‑bretonnes jusqu'au XVe siècle.
  • Montée d'une bourgeoisie et installation des Monti aux XVIe‑XVIIe siècles.
  • Troubles révolutionnaires et guerres de Vendée en 1793.
  • Urbanisation accélérée au XXe siècle et intégration progressive dans l'aire urbaine nantaise.

Patrimoine à visiter

  1. Le Chronographe et les sites archéologiques de Saint-Lupien
  2. La Maison radieuse de Le Corbusier
  3. Le village de Trentemoult et son ancien port
  4. Parc de la Morinière et parc des Mahaudières
  5. Quelques manoirs et « folies » conservés et documentés aux archives municipales
Carte des quartiers historiques de Rezé et localisation des principaux sites

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